Joies des neiges

 

Mes skis dérapèrent sur la neige, tandis que j’arrivai à la fin de la piste que je descendais. Le parcours était presque fini ; formé de pistes bleues et de pistes rouges, il n’avait pas présenté réelles difficultés pour moi. Le plan indiquait une fin plus torride : on enchaînait une piste noire puis une rouge verglacée.

Je portai mon attention sur la piste qui plongeait devant moi, réalisant que c’était le niveau de difficulté le plus élevé que j’avais jamais affronté.

Un mur. Un véritable mur, formé de bosses, de verglas et même de terre.

De blanc vêtue,
Dangereuse et vertigineuse,
Bonheur intense.

Ce poème, je l’avais lu le matin même. Il était censé exprimer la joie intense que l’on éprouvait en descendant une piste de ski particulièrement difficile. Autant dire qu’à ce moment précis je n’étais pas particulièrement d’accord avec lui.

Avec un soupir qui exprimait toute l’appréhension que j’éprouvais, je me lançai. Je m’engageai tant bien que mal sur le verglas qui faisait méchamment déraper mes skis. Ils s’emmêlaient. Je fermai les yeux, n’oubliant surtout pas de respirer. Je plantai mon bâton dans une masse de neige pour tourner autour. C’était sans compter la bosse qui suivait, que je pris de pleine face. Après un incroyable saut, je me réceptionnai correctement, mes genoux fléchis encaissant le choc. Je m’arrêtai, encore étonnée d’être toujours debout. Cette prise de conscience en entraîna une autre : pour ma première piste noire, je devais y prendre du plaisir. Quoiqu’il m’en coûte, même si je devais en faire une partie les skis en l’air.

Je m’appliquai à m’éclater à descendre le reste de la piste. Je sautai les bosses quand la pente n’était pas trop raide, je tombai une ou deux fois tout en me relevant quelques mètres plus bas. Tout en m’amusant.

En bas de la piste, je me sentis moulue. Epuisée même. Mais heureuse et fière de moi.

Le poème prenait tout son sens.